« Directeur marketing à temps partiel ». C'est la formule que tapent les dirigeants de PME alimentaires dans Google, et elle dit quelque chose de juste : ils ont besoin d'une direction marketing, sans avoir besoin d'un plein temps. Elle dit aussi quelque chose d'inexact, parce que le temps partiel est un contrat de travail précis, qui n'est presque jamais le montage retenu.
Derrière la même expression se cachent quatre montages. Ils n'engagent ni les mêmes obligations, ni les mêmes personnes, ni le même risque. Ce décryptage décrit ce qu'un dirigeant achète réellement, ce qu'un ou deux jours par semaine permettent, et ce qui fait échouer ces missions.
La question se pose avec une acuité particulière dans l'alimentaire. Le secteur compte 20 000 entreprises et 520 000 salariés pour 250 milliards d'euros de chiffre d'affaires, selon l'ANIA. Dans la plupart de celles que je rencontre, le marketing est porté par le dirigeant lui-même ou par un profil junior, et la question d'une direction ne se pose qu'au moment où elle devient urgente.
Deux mots, deux contrats.
Le temps partiel est un contrat de travail. L'article L3123-1 du code du travail le définit : est à temps partiel le salarié dont la durée de travail est inférieure à 35 heures par semaine, 151,67 heures par mois ou 1 607 heures par an, ou à la durée conventionnelle si elle est plus basse. Le contrat écrit est obligatoire, avec la durée et sa répartition. C'est un poste, avec un employeur unique, un lien de subordination, des congés payés et une procédure de licenciement.
Le temps partagé désigne autre chose, et recouvre quatre montages.
L'entreprise de travail à temps partagé. Créée par la loi du 2 août 2005 en faveur des PME, elle est décrite à l'article L1252-1 : la société salarie la personne et la met à disposition d'un client utilisateur pour une mission. Deux contrats coexistent, un contrat de mise à disposition entre la société et l'entreprise utilisatrice, un contrat de travail à temps partagé entre la société et le salarié.
Le groupement d'employeurs. Une association d'entreprises embauche le salarié et le répartit entre ses membres. Les membres sont solidairement responsables des dettes salariales du groupement, ce que beaucoup de dirigeants découvrent tard.
Le portage salarial. La personne est salariée d'une société de portage, qui facture l'entreprise cliente.
La prestation de services. C'est le montage le plus fréquent pour une fonction de direction. Une société indépendante facture des jours d'intervention sur une lettre de mission. Pas de contrat de travail, pas de lien de subordination, un préavis fixé au contrat.
| Ce qui change | Temps partiel salarié | Temps partagé en prestation |
|---|---|---|
| Cadre | contrat de travail écrit, durée et répartition obligatoires | lettre de mission, périmètre et livrables |
| Relation | lien de subordination | engagement sur un périmètre |
| Coût | poste au compte de résultat, charges comprises | jours facturés |
| Arrêt | procédure de licenciement | préavis fixé au contrat |
| Montée en charge | avenant au contrat de travail | ajustement du nombre de jours |
| Autres entreprises | à encadrer contractuellement | par construction du modèle |
Aucun de ces montages n'est meilleur en soi. Le temps partiel salarié convient quand l'entreprise veut installer un poste durable et accepte le risque social qui va avec. La prestation convient quand le besoin est daté et le périmètre défini.
Ce qu'un jour par semaine permet.
Un jour par semaine représente environ 44 jours sur une année, congés déduits. Un cadre à plein temps en forfait jours en travaille 218 au maximum, plafond fixé par l'article L3121-64. Un jour par semaine, c'est donc un cinquième de direction marketing.
Ce cinquième suffit à tenir un chantier à la fois, à condition qu'il soit nommé : une plateforme de marque, un plan d'innovation à 18 mois, un dossier de référencement, une refonte de gamme.
Ce qui n'entre pas dans un jour par semaine : le management quotidien d'une équipe de plus de deux personnes, le suivi d'agence au fil de l'eau, la présence en réunion commerciale hebdomadaire, la gestion de crise.
Deux jours changent la nature de l'exercice. L'équipe est suivie, un comité marketing se tient, deux chantiers avancent en parallèle. À partir de trois jours, c'est une direction pleine, avec la présence terrain qui va avec : usine, salons, clients, magasins.
La semaine réelle.
Le format tient sur une organisation, pas sur de la bonne volonté.
Les jours sont fixes, posés au trimestre, connus de toute l'équipe. Un point court avec le dirigeant ouvre et ferme chaque journée de présence. Un canal écrit unique récupère ce qui arrive entre deux passages. Une règle tranche le reste : ce qui peut attendre huit jours attend, ce qui ne peut pas attendre a un décideur désigné en interne.
Ce dernier point sépare les missions qui produisent des missions qui s'enlisent. Un directeur marketing à temps partiel sans relais interne devient un goulot d'étranglement en six semaines. L'équipe garde ses questions pour le jour de présence, y compris celles qu'elle aurait pu trancher seule, et la mission finit en salle d'attente.
Un directeur marketing à temps partiel qui devient le passage obligé de toutes les décisions coûte plus cher qu'un poste vacant.Audrey Le Borgne, MaïMaï Consulting, septembre 2026
Les quatre situations qui font échouer une mission.
Le périmètre non écrit. La mission démarre sur un accord verbal, puis chacun y met ce qu'il veut. Au bout de trois mois, le dirigeant trouve que ça n'avance pas, et la direction marketing trouve qu'on lui demande autre chose que ce qui était prévu.
Le dirigeant absent des arbitrages. Une direction marketing à temps partagé décide de ce qu'on défend et de ce qu'on abandonne. Ces arbitrages engagent l'entreprise. Pris sans le dirigeant, ils se défont au premier désaccord commercial.
Le glissement vers l'exécution. La direction marketing se met à faire des posts, des fiches produit, des relances d'agence. Le travail est utile, il est payé au mauvais tarif, et surtout plus personne ne fait le travail de direction.
Le jour grignoté. Deux réunions imprévues, un déplacement client, un dossier urgent : la journée passe sans qu'un sujet de fond avance. Trois semaines comme ça et le chantier a un trimestre de retard.
Compter en jours, pas en salaire.
Le réflexe est de comparer un taux journalier à un salaire mensuel. La comparaison ne dit pas grand-chose, parce que les deux unités ne mesurent pas la même chose. L'une porte un coût complet annuel et un engagement de durée, l'autre un volume ajustable.
L'unité utile est le nombre de jours dont la marque a besoin, et sur quelle période. Une PME qui repositionne une gamme et cadre un plan d'innovation n'a pas besoin des 218 jours d'une direction à plein temps. Dans ce que je vois chez mes clients, l'ordre de grandeur est de 40 à 60 jours étalés sur douze à dix-huit mois, concentrés sur les moments qui comptent.
Le coût comparé entre agence, recrutement et direction marketing externalisée est détaillé dans le comparatif des trois formats. Et les contraintes propres au secteur sont détaillées dans le décryptage sur le consultant marketing agroalimentaire.
Ce que le calendrier agroalimentaire impose.
Dans l'alimentaire, les jours ne se répartissent pas également sur l'année. Quatre échéances commandent le rythme.
Le 1er mars. Le code de commerce impose que la convention annuelle avec les distributeurs soit conclue au plus tard à cette date. Le manquement expose à une sanction administrative pouvant atteindre 375 000 euros, portée à 1 million d'euros pour les conventions sur les produits de grande consommation. Ce qui se décide entre novembre et février fixe le chiffre d'affaires des douze mois suivants. Une direction marketing qui découvre le dossier en janvier arrive après la bataille.
Les salons. Le SIAL Paris se tient du 17 au 21 octobre 2026 à Paris Nord Villepinte. Le CFIA de Rennes tiendra sa 30e édition du 9 au 11 mars 2027. Un lancement se prépare six mois avant, pas six semaines.
Les jalons d'innovation. Un développement produit alimentaire passe par des étapes fixes : brief, formulation, essais industriels, packaging et agréments. Le marketing pèse en amont sur le brief et en aval sur le plan de lancement. Entre les deux, il attend.
La saisonnalité de la catégorie. Une marque d'apéritif ne se pilote pas en avril comme en novembre. Le plan média, les promotions et les mises en avant se calent sur des pics qui ne bougent pas d'une année sur l'autre.
Un jour tous les lundis pendant douze mois est rarement le bon contrat. Un volume de jours annuel, avec des semaines à trois jours en janvier et des semaines à zéro en août, colle mieux à la réalité de la catégorie.
Quand il faut recruter à plein temps.
Deux situations rendent le temps partagé inadapté.
La première : une équipe marketing de plus de quatre personnes à manager au quotidien. Le management de proximité demande une présence que le format ne donne pas.
La seconde : quand le marketing devient le métier principal de l'entreprise. Une marque en croissance rapide, un e-commerce propriétaire qui pèse lourd dans le chiffre d'affaires, une prise de parole à tenir tous les jours. Ces situations demandent un poste.
Le dire à l'entrée fait gagner du temps aux deux parties. Une direction marketing à temps partagé qui accepte une mission taillée pour un plein temps échoue, et le dirigeant en conclut que le format ne marche pas.
Le temps partagé répond à un problème de séquence plus qu'à un problème de budget. Une PME alimentaire a besoin d'une direction marketing forte pendant douze à vingt-quatre mois, au moment où elle décide ce qu'elle défend, sur quelles références et contre quel concurrent. Rarement tous les jours pendant cinq ans.
Ce qui reste quand la mission s'arrête tient en quatre choses : des arbitrages écrits, une équipe qui décide sans attendre, un positionnement qui ne repose plus sur la seule intuition du dirigeant, et un plan que le prochain directeur marketing peut reprendre le premier jour.
Sources.
Textes en vigueur et données publiées entre 2005 et septembre 2026.
Cadre juridique
- Code du travail, article L3123-1 : définition du salarié à temps partiel, seuils de 35 heures hebdomadaires, 151,67 heures mensuelles et 1 607 heures annuelles.
- Code du travail, article L1252-1 : contrat conclu avec une entreprise de travail à temps partagé, dispositif issu de la loi du 2 août 2005 en faveur des PME.
- Code du travail, article L3121-64 : plafond de 218 jours du forfait annuel en jours.
- CCI Paris Île-de-France : fonctionnement des groupements d'employeurs et responsabilité solidaire des membres.
Secteur et calendrier
- ANIA : 20 000 entreprises, 520 000 salariés et 250 milliards d'euros de chiffre d'affaires pour l'industrie alimentaire française, chiffres 2025.
- Code de commerce : date butoir du 1er mars pour la convention annuelle entre fournisseurs et distributeurs, et sanctions administratives applicables.
- SIAL Paris : édition 2026 du 17 au 21 octobre, Paris Nord Villepinte.
- CFIA Rennes : 30e édition du 9 au 11 mars 2027, Parc Expo de Rennes.
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